Rapaces


La Corse abrite, avec la Crète, l’une des deux dernières populations insulaires de Gypaète barbu, suite à son extinction en Sardaigne et en Sicile. Cette population est suivie annuellement depuis 28 années. Le risque d’extinction de cette population, considérée géographiquement isolée, est très élevé. Le programme de conservation du Gypaète barbu en Corse est coordonné par le Parc naturel régional de Corse.

Pour consulter le site internet d’information concernant le programme de conservation du gypaète barbu en Corse cliquez ici.

Répartition et effectif

La population de Gypaète barbu en Corse se répartit sur l’ensemble des montagnes de l’île, mais la répartition des 10 territoires recensés n’est pas homogène.

En effet neuf d’entre eux se situent dans la moitié Nord et le dixième dans un massif au Sud de l’île.

Cependant d’autres massifs montagneux et vallées, ne possédant pas de sites de nidification, sont également fréquentés par des individus inemployés en plumage adulte ou immature.

Le fait que la densité actuelle des couples soit élevée dans la moitié Nord de l’île (neuf couples sur dix) reflète en partie les potentiels en sites de nidification, le recouvrement végétal et la géographie de la Corse.

L’effectif de la population est estimé à 25-30 individus dont 10 territoires occupés par des couples/trios selon les années.

Les données recueillies en Corse n’indiquent pas une diminution du nombre de couples sur les 28 dernières années.

L’historique des connaissances sur le nombre de couples de Gypaète barbu en Corse ne permet pas de considérer que cette population a subi un déclin, comparable à celui d’autres populations continentales et insulaires.

Les données récentes sur le gypaète en Corse (10 territoires occupés) reflètent une meilleure connaissance de la répartition (grâce aux efforts de prospection).

Reproduction

Le Gypaète barbu installe son nid dans des cavités naturelles des parois rocheuses. Le taux de ponte et la productivité (nombre de jeunes à l’envol/couple contrôlé/an) ont diminué significativement durant la période 1981-2008.

Une stabilisation de ces paramètres de la reproduction, mais à une valeur très faible, est notée depuis 1988.

En 2008 deux jeunes gypaètes ont pris leur envol en Corse.

Régime et ressources alimentaires

Une étude du régime alimentaire du Gypaète barbu a été menée en Corse afin de comprendre l’exploitation des ressources par l’espèce et de déterminer les espèces qui constituent l’essentiel de la nourriture pendant l’élevage du jeune au nid.

Le gypaète, strictement charognard, se montre très opportuniste en Corse.

En effet 18 espèces d’oiseaux, dont le poids varie entre 11 et 500 g, ont été identifiées.

Les mammifères constituent l’essentiel des 485 portions alimentaires déterminées.

Le mouflon représente 9 % des mammifères, les caprinés indéterminés 14 %, les caprinés domestiques 26 %, la vache 39 %, le sanglier 8 %, le cochon 2 %, et les autres mammifères 2 %.

Même si le gypaète se montre très opportuniste, son régime alimentaire en Corse est très largement basé sur les ressources en ongulés d’origine domestique.

Le déclin des troupeaux domestiques au cours du XXème siècle est à l’origine des faibles ressources alimentaires du gypaète en Corse, et celles-ci constituent le principal facteur limitant de cette population insulaire. Le déclin en petits ruminants a probablement été compensé en partie par l’augmentation du cheptel bovin dans certaines vallées.

Mais les pratiques agricoles actuelles tendent à diminuer le cheptel bovin en estive à court terme.

La diminution de ce type de cheptel sera difficilement compensée à son tour par une augmentation des petits ruminants domestiques.

Cela signifie que les ressources alimentaires d’origine domestique risquent de diminuer encore. Les ressources alimentaires en faune sauvage, principalement le Mouflon de Corse, ont également diminué au cours du XXème siècle.

Ce mammifère symbolique de la Corse regagne peu à peu les massifs de l’île, ainsi que le Cerf de Corse suite à sa réintroduction récente. En résumé, les ressources alimentaires d’origine sauvage et domestique ont très nettement diminué au cours du XXème siècle et sont actuellement les plus faibles que le Gypaète barbu ait connu en Corse depuis au moins plusieurs décennies.

Menaces

La population de Gypaète barbu de Corse est essentiellement menacée en raison de:

  1. son isolement géographique,
  2. de son faible effectif (10 couples, 25-30 individus),
  3. et du déclin des ressources alimentaires à l’origine de sa très faible productivité.

Le risque potentiel d’extinction de cette population insulaire est élevé, la rendant la deuxième la plus menacée d’Europe.

Son isolement géographique tend à diminuer à long terme grâce aux projets de réintroduction en cours, mais le maintien d’une méta-population en Méditerranée dépend de la survie de l’espèce en Corse.

Mesures de conservation

Le projet « Altore » (Conservation du Gypaète barbu et restauration de son habitat en Corse) vise à mettre en œuvre, en collaboration avec nos partenaires, le plan d’action régional en faveur du gypaète, afin de diminuer le risque élevé d’extinction de cette population insulaire, et s’articule autour de trois volets principaux :

  1. augmenter significativement les ressources alimentaires (dont le déclin est la principale menace pour le Gypaète barbu en Corse) à court et long termes, pour augmenter le taux de survie et les paramètres reproducteurs (ponte et productivité),
  2. préserver et restaurer les sites prioritaires pour la conservation du Gypaète barbu,
  3. développer les actions d’éducation, de sensibilisation et de communication aux niveaux local et européen.

Le premier volet consiste au développement du pastoralisme de montagne (ressources en ongulés domestiques), au développement des populations de mouflon et de cerf (ressources en ongulés sauvages), et à l’amélioration immédiate des réserves en ressources alimentaires par l’approvisionnement de points de nourrissage artificiel.

Cette action a entre autres comme objectifs d’augmenter le taux de survie des individus (immatures et adultes) et de tenter d’inciter les couples à se reproduire.

Conformément à la Directive européenne « Oiseaux » (79/409/CEE), les sites de nidification des 10 couples de gypaète en Corse se situent dans des Zones de Protection Spéciale (Z.P.S.).

Le deuxième volet consiste donc essentiellement à l’élaboration et la mise en œuvre de documents d’objectifs propres aux Z.P.S, afin de concilier le développement des activités humaines et la conservation du patrimoine naturel.

En effet même si les perturbations connues et potentielles en Corse sont actuellement limitées dans le temps et dans l’espace, il convient de veiller à ce que l’intensité, la durée et la fréquence de ces activités n’augmentent pas.

Cependant afin de mieux évaluer l’évolution de ces activités, il conviendra de tenir également compte de deux autres paramètres : la distance par rapport au nid et l’ancienneté du type d’activité sur le site.

Des études récentes sur l’impact des activités humaines sur le gypaète soulignent l’effet « intensité du bruit » (passage d’un hélicoptère par exemple) et l’importance de limiter le stress des couples sur l’ensemble de la période de reproduction.

La rédaction de documents d’objectifs propres aux Z.P.S. doit prévoir les mesures conservatoires spécifiques au Gypaète barbu, notamment au travers de mesures contractuelles.

Le troisième volet consiste à accompagner et/ou à devancer nos actions par de la pédagogie à l’environnement envers divers publics (scolaires, acteurs locaux…), former les membres du réseau régional (observateurs, animateurs…), et à échanger et collaborer entre les acteurs de la conservation du Gypaète barbu en Europe.

Parmi les grands rapaces de Corse, l’Aigle royal est celui qui s’est vraisemblablement le mieux adapté aux conditions locales. Le programme de conservation de l’Aigle royal en Corse est coordonné par le Parc naturel régional de Corse.

Répartition et effectif

La répartition de l’Aigle royal en Corse est assez homogène du fait qu’il occupe des territoires situés aussi bien dans la chaîne montagneuse centrale de l’île, comme le Gypaète barbu, mais aussi sur les massifs annexes en périphérie à des altitudes inférieures.

Certains couples et individus erratiques fréquentent des zones proches du littoral.

L’effectif de la population était estimé à 32-37 couples en 1995. Actuellement, suite à de nouvelles prospections, une quarantaine de couples est recensée. Cette estimation s’est affinée suite aux différentes périodes de prospections au cours des trois dernières décennies. La densité en couples est élevée localement.

Reproduction

Les nids d’Aigle royal en Corse sont tous situés dans des parois rocheuses (cavités ou vires surplombées) alors qu’il niche dans des arbres dans d’autres régions. La productivité (nombre de jeunes à l’envol/couple contrôlé/an) est ces dernières années proche de 0,4 (sur un échantillon de 10 couples).

Elle était en moyenne de 0,52 entre 1983 et 1994 (sur un échantillon de sept couples). Elle est relativement faible comparée à d’autres régions méditerranéennes.

Régime et ressources alimentaires

L’Aigle royal est un prédateur mais également charognard en présence d’une charogne.

Le régime alimentaire de l’Aigle royal a été étudié en Corse afin de comprendre comment les ressources étaient exploitées en milieu insulaire où la faune est appauvrie et où aucune espèce n’est suffisamment abondante pour constituer une proie principale.

Dix espèces de mammifères, 17 d’oiseaux et deux reptiles ont été identifiées, parmi lesquels les couleuvres, les Bovidés (principalement les chèvres sauvages), les sangliers et les Corvidés représentent jusqu’à 61 % des proies.

L’Aigle royal a un régime alimentaire « généraliste » avec un spectre alimentaire plus large que dans les autres régions méditerranéennes.

En période reproduction on distingue deux phases dans le type de proies apportées au nid.

Durant la première partie de l’élevage des aiglons, les grands mammifères (Sangliers, Renards et Caprinés), dont c’est la période de mise-bas et d’émancipation, fournissent l’essentiel des proies. A la fin de l’élevage, les adultes capturent des proies plus petites (Couleuvre verte et jaune, Corvidés), mais en plus grand nombre.

Les rapaces « forestiers » sont représentés en Corse par des sous-espèces endémiques. L’Autour des Palombes, dont la forme présente est endémique à la Corse et la Sardaigne, fait l’objet d’un programme de conservation coordonné par le Parc naturel régional de Corse.

Répartition et effectif

L’Autour des palombes construit généralement ses nids dans des peuplements boisés matures de différentes essences (chênes, pins, hêtre…).

L’exposition des vallons est à dominante Nord. La productivité de la population est en moyenne 1-2 jeunes/couple/an.

Reproduction

L’Autour des palombes construit généralement ses nids dans des peuplements boisés matures de différentes essences (chênes, pins, hêtre…).

L’exposition des vallons est à dominante Nord. La productivité de la population est en moyenne 1-2 jeunes/couple/an.

Régime et ressources alimentaires

Le régime alimentaire de l’Autour des palombes en Corse est essentiellement composé d’oiseaux de tailles moyennes (Geai des Chêne, Colombidés…) et de petites tailles (Merle noir, Grives…).

Les ressources alimentaires sont limitées en Corse, comparées à d’autres régions européennes.

Menaces

Les principales menaces sont liées à la disponibilité en habitats favorables à sa nidification et aux ressources alimentaires.

L’exploitation forestière à proximité des sites de nidification, les incendies et les risques phytosanitaires peuvent contribuer à la dégradation et à la perturbation de l’environnement de l’espèce.

Mesures de conservation

Les mesures de conservation développées visent une meilleure connaissance de la répartition, de la biologie et de l’utilisation de son habitat pour prendre en compte cette sous-espèce endémique dans les aménagements forestiers.

Des actions de communication, de sensibilisation et de formation sont réalisés en parallèle au travail de terrain.

L’Autour des Palombes cyrno-sarde étant inscrit en annexe I de la Directive européenne « Oiseaux », plusieurs sites de nidifications ont été désignés en Zone de Protection Spéciale afin d’intégrer le réseau Natura 2000. Un plan de restauration en faveur de cette sous-espèce a été mis en oeuvre sur la période 2003-2008.

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